Ma Muse : Conflits fonciers et… récupération malsaine !

Ma Muse : Conflits fonciers et… récupération malsaine !

Depuis quelques jours, le litige foncier à Angré-Bessikoi, dans la commune de Cocody, opposant M. Komé Bakary, à Mme Amon née Assétou Traoré, agite la toile et alimente les débats dans l’opinion.

C’est vrai, cet énième conflit autour des parcelles de terrain a mis en lumière davantage la faiblesse de la gestion foncière en Côte d’Ivoire, dont le nœud gordien est la multiple attribution. Autrement dit, la vente d’un terrain à plusieurs personnes. Ce qui se passe à Bessikoi n’est, à la vérité, pas un phénomène. Il y a de nombreuses années que la question du foncier est problématique en Côte d’Ivoire. Elle est digne d’un mélodrame au cours duquel de nombreuses personnes sont grugées. Parfois, c’est l’économie de toute une vie qui se volatilise. Souvent, ce sont des prêts bancaires qui sont ainsi hypothéqués. Une arnaque qui brise des vies et déconstruit psychologiquement des personnes qui ne souhaitaient juste faire qu’une simple acquisition foncière. Pour s’offrir un toit pour leurs vieux jours et aussi pour assurer l’avenir de leur progéniture.

Malheureusement, acheter un terrain est devenu très risqué, tant la magouille est légion dans le secteur du foncier. Et deux acteurs sont pointés, à juste raison, du doigt. D’un côté, il y a les communautés villageoises avec des chefs sans scrupules qui prennent un malin plaisir à truander d’honnêtes citoyens. Et de l’autre, sans doute, des agents administratifs véreux qui se rendent complices de cette escroquerie à grande échelle. Ce qui s’est passé à Bessikoi n’est que la face visible de l’iceberg. Toutefois, ces conflits fonciers ne doivent pas être exploités à des fins politiques. Or, c’est ce qui se passe avec des individus sans foi ni loi, qui se font passer pour des défenseurs des populations en exacerbant, sur fond de manipulation, la crise, alors qu’en réalité ils cherchent à gagner la sympathie des victimes, tout en diabolisant les autorités. Comme si elles laissaient les faussaires agir en toute impunité.  En somme, une récupération politique malsaine de la détresse d’individus spoliés de leurs biens, chèrement acquis. Pourtant, le gouvernement, à travers le ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, s’échine à juguler ce fléau, en mettant en place une batterie de réformes pour sécuriser les transactions foncières, dont le Sigfu ( système intégré de gestion du foncier urbain) qui numérise la gestion foncière, des archives jusqu’à la signature électronique de l’ACD ; l'identifiant unique du foncier en Côte d'Ivoire (IDUFCI), qui permet d’affecter un numéro d’identifiant unique à toutes les parcelles foncières en Côte d’Ivoire ; l’ADU (Attestation de droit d’usage coutumier) – un document fiable et sécurisé,   qui remplace désormais l’ancienne attestation villageoise et est en vigueur depuis le 1er janvier 2025 pour tous les nouveaux lotissements en Côte d'Ivoire. Avec l’ADU, il est impossible de vendre un terrain à plus d’une personne. Au moins, une bonne partie du problème aura été résolu. C’est tout sauf un détail, même si ceux qui veulent tirer profit de ces conflits feignent de l’ignorer. Ah politique, quand tu nous tiens !

 

Y. Sangaré