Orpaillage illégal : Détecter les failles, reconfigurer la riposte

Détecter les failles pour mieux riposter. Pour Dr Kalilou Coulibaly, l’orpaillage illégal prospère là où le droit laisse des brèches et où la pauvreté fragilise les communautés. Entre asymétries d’information, contrôle insuffisant et tolérances ponctuelles, la prédation s’installe et se répète. Fermer ces angles morts, croiser les vérifications et rendre chaque engin traçable deviennent des impératifs pour transformer la lutte en véritable politique de prévention.

Orpaillage illégal : Détecter les failles, reconfigurer la riposte

Combattre l’orpaillage illégal, c’est d’abord savoir le détecter. Lorsque l’argent domine, chaque fragilité devient une opportunité : pauvreté, flou foncier, silence administratif, contrôle insuffisant, etc. 

Le prédateur ne crée pas toujours la faille.

A la manière des capacités dynamiques, il la repère et l’exploite.

Là où le droit laisse une brèche, la rapacité s’installe.

Combattre l’orpaillage illégal , c’est anticiper avant que le prédateur n’apprenne à contourner davantage. Les sciences cognitives montrent qu’une transgression de la loi réussie sans sanction ferme, réduit la perception du risque et favorise sa répétition.

Le Parlement et le Sénat doivent donc identifier les angles morts du droit et les refermer avant qu’une tolérance ponctuelle ne devienne un modèle économique criminel.

La terre ne doit plus changer de destin dans l’ombre

Combattre l’orpaillage illégal , c’est se rappeler avec Montesquieu qu’un pouvoir concentré appelle une limite.

Une chefferie ne devrait pouvoir, à elle seule, engager une terre dans une activité extractive ou dans toute activité susceptible d’altérer durablement l’écosystème sans un acte écrit, limité dans le temps et délivré par l’autorité compétente.

La terre ne peut devenir une rente par la seule volonté de celui qui en assure la juste garde.

Croiser les rapports pour réduire les zones d’ombre

Combattre l’orpaillage illégal, c’est aussi institutionnaliser le contrôle croisé. La théorie de l’agence, notamment chez Jensen et Meckling, montre que lorsque l’information est asymétrique et le contrôle insuffisant, l’agent peut être tenté de poursuivre ses propres intérêts au détriment de celui qu’il représente.

D’où la nécessité de multiplier les sources de vérification et de rendre les responsabilités traçables.

L’administration territoriale devrait être systématiquement tenue de conduire une vérification mensuelle sur le terrain et de transmettre à l’autorité de tutelle compétente un rapport indépendant attestant, après contrôle, de la présence ou de l’absence de toute activité d’orpaillage illégal dans son ressort territorial.

 

Les forces de sécurité mèneraient parallèlement leurs propres contrôles et transmettraient des rapports distincts au Conseil de sécurité. Le croisement de ces informations deviendrait alors un véritable outil de détection et d’alerte.

 

Une pelleteuse doit conserver la mémoire de sa mission

 

Combattre une rapacité destructrice, c’est rendre chaque engin traçable. Toute pelleteuse devrait être enregistrée, rattachée à un propriétaire déclaré, à un chantier unique, à une période déterminée et à une mission précise. Tout déplacement ou changement d’usage imposerait une nouvelle affectation.

 

Contrôler l’irrégularité, jamais l’origine

Combattre une rapacité destructrice, enfin, c’est contrôler les situations sans désigner de coupable par la nationalité. La République ne juge pas une origine. Elle impose une règle.

 

Dans l’espace CEDEAO, le court séjour peut aller jusqu’à 90 jours.

Au-delà, la résidence, le travail et l’activité économique doivent rester réguliers et traçables.

 

Une politique durable ne se mesure donc pas seulement aux arrestations ou aux engins détruits, mais à la capacité de l’État à fermer les brèches et à supprimer les conditions qui rendent la prédation possible.

La prédation recule lorsque la prévention la devance.

 

Dr Kalilou Coulibaly