Crise à la fédération ivoirienne de taekwondo : Pourquoi le ministre des Sports doit sauver le taekwondo ivoirien

Crise à la fédération ivoirienne de taekwondo : Pourquoi le ministre des Sports doit sauver le taekwondo ivoirien
Face à la crise qui paralyse depuis plusieurs années le taekwondo ivoirien, le ministre des Sports, Adjé Silas Metch, est désormais attendu au rendez-vous de la responsabilité pour préserver l'avenir d'un fleuron du sport national (Ph DR)

Depuis près de quatre ans, la Fédération ivoirienne de taekwondo (FITKD) traverse une crise qui semble ne jamais vouloir finir. À chaque épisode, le malaise s'approfondit : assemblées contestées, interrogations sur la gestion financière, commissaires aux comptes écartés, polémique autour de la qualité de l'auditeur et dispositions statutaires jugées restrictives.

Mais derrière les procédures, les correspondances et les batailles de pouvoir, il y a surtout des femmes et des hommes. Des athlètes qui s'entraînent sans toujours savoir de quoi demain sera fait. Des jeunes qui rêvent de porter les couleurs de la Côte d'Ivoire. Une discipline qui a offert au pays certains de ses plus grands moments sportifs et qui donne aujourd'hui l'image d'un fleuron abandonné à ses propres déchirures.

Le ministre des Sports, Adjé Silas Metch, ne peut plus se contenter d'observer. L'heure est venue de regarder la situation en face et d'agir.

 

Une fédération prisonnière de ses propres contradictions

Depuis l'arrivée de Jean-Marc Yacé à la tête de la FITKD, en octobre 2021, la sérénité n'a jamais véritablement retrouvé le tatami ivoirien. Son élection a été contestée, puis confirmée à l'issue d'une longue séquence judiciaire et institutionnelle. Mais les années ont passé sans que la fédération ne parvienne à sortir durablement de la zone de turbulences.

Le constat sportif est particulièrement préoccupant. Les saisons se succèdent avec l'absence ou l'insuffisance de compétitions nationales capables de structurer la pratique et d'assurer une véritable relève. Or, un sport ne vit pas seulement de ses dirigeants. Il vit de ses clubs, de ses entraîneurs, de ses compétitions et, surtout, de ses athlètes.

La crise a franchi un nouveau cap lorsque 175 membres statutaires ont voté, le 19 octobre 2024, la révocation du président sur fond d'accusations de dysfonctionnements. La justice l'a ensuite rétabli et une médiation internationale est intervenue. Pourtant, malgré ces différentes étapes, la paix n'est jamais réellement revenue.

Le volet financier constitue également l'un des principaux foyers d'inquiétude. Des commissaires aux comptes ont fait état, au fil des exercices, de dépenses et de sorties de fonds dont les justificatifs ont été contestés. Leur révocation lors de l'assemblée générale du 28 décembre 2025 a davantage alimenté les interrogations.

Autre sujet sensible, la situation de l'auditeur chargé des comptes de la fédération. Des questions ont été soulevées sur sa reconnaissance par l'Ordre national des experts-comptables de Côte d'Ivoire. Dans une fédération bénéficiant de ressources importantes et de subventions publiques, la transparence ne devrait pourtant jamais être négociable.

Le problème n'est donc plus seulement celui d'une querelle entre dirigeants. C'est celui d'une institution qui peine à convaincre ceux qu'elle est censée rassembler.

 

World Taekwondo tire la sonnette d'alarme

Le tournant majeur vient désormais de l'extérieur. Dans sa correspondance adressée aux parties prenantes ivoiriennes, World Taekwondo n'a peut-être pas tranché tous les litiges, mais l'instance mondiale a clairement appelé les autorités compétentes à contribuer à une solution durable, dans l'intérêt de la discipline. Le message est important. Il signifie que la crise ivoirienne n'est plus un simple différend interne que l'on peut espérer voir disparaître avec le temps.

World Taekwondo s'est également prononcée sur la disposition adoptée le 28 décembre 2025 fixant à 40 ans l'âge minimum pour briguer la présidence de la FITKD. L'instance mondiale a jugé cette clause « relativement restrictive » et invité la fédération à revoir cette question lors d'une prochaine révision de ses textes.

Cette disposition suscite d'autant plus de débats qu'elle écarte plusieurs figures de la jeune génération sportive, parmi lesquelles le champion olympique Cheick Sallah Cissé, régulièrement présenté comme l'une des personnalités susceptibles de jouer un rôle majeur dans l'avenir de la discipline.

La question dépasse les personnes. Une fédération sportive doit-elle construire des règles qui élargissent la compétition démocratique ou des mécanismes qui donnent le sentiment de verrouiller l'accès au pouvoir ?

À cette interrogation institutionnelle s'ajoute un enjeu diplomatique majeur : la coopération avec la Corée du Sud, partenaire historique du taekwondo ivoirien. Le Centre sportif et culturel ivoiro-coréen symbolise cette relation bâtie autour du sport, de la formation et de l'amitié entre les deux pays.

L'absence cette année de la Coupe de l'Ambassadeur, rendez-vous emblématique de cette coopération, constitue un signal préoccupant. Car lorsqu'une fédération traverse une crise durable, ce ne sont pas seulement ses membres qui en subissent les conséquences. Ce sont aussi les partenaires, les institutions et, finalement, l'image du pays.

 

Le ministre Metch face au rendez-vous de la responsabilité

Pendant que les dirigeants s'opposent, les athlètes, eux, ne peuvent pas attendre. Sur les tatamis internationaux, les opportunités se gagnent par le travail, les compétitions et les points accumulés. Laurène Kimi Ossin continue de porter haut les couleurs ivoiriennes grâce à ses performances à l'étranger. Mais derrière elle, combien d'athlètes disposent réellement des conditions nécessaires pour préparer les grandes échéances ? Le risque est immense. Celui de voir une génération entière sacrifiée sur l'autel des querelles administratives.

Le taekwondo ivoirien n'est pas une discipline ordinaire. Il a offert à la Côte d'Ivoire sa première médaille d'or olympique à Rio en 2016. Il a produit des champions, inspiré des milliers de jeunes et donné au pays une visibilité exceptionnelle sur la scène mondiale.

C'est précisément pour cette raison que le ministre Adjé Silas Metch doit aujourd'hui prendre toute la mesure de sa responsabilité.

Il ne s'agit pas de choisir un camp contre un autre, ni de distribuer les bons et les mauvais points. Il s'agit de sauver une discipline. D'écouter toutes les parties, d'examiner les faits, de garantir la transparence et de créer les conditions d'une sortie de crise crédible.

Le ministre doit entendre les athlètes, les clubs, les entraîneurs, les dirigeants et tous ceux qui vivent quotidiennement pour le taekwondo. Il doit surtout se forger sa propre conviction, loin des arrangements et des influences. Car le temps joue désormais contre la Côte d'Ivoire.

Chaque compétition manquée est une occasion perdue. Chaque crise prolongée éloigne un peu plus les jeunes talents. Chaque silence fragilise davantage l'héritage d'une discipline qui a pourtant porté le drapeau ivoirien au sommet du monde.

Le ministre Metch a aujourd'hui rendez-vous avec l'histoire du taekwondo ivoirien. Il lui appartient de décider si ce fleuron continuera de s'enfoncer dans la crise ou s'il retrouvera enfin le chemin des tatamis, des compétitions, de la confiance et de la victoire.

 

OUATTARA Gaoussou