Orpaillage illégal : une prédation organisée à tous les étages
Dans cette analyse, Dr Kalilou Coulibaly pointe du doigt la responsabilité des communautés villageoises et des forces de sécurité dans l’orpaillage illégal.
Dans nos forêts, l’ombre a trop longtemps servi d’alibi. L’orpaillage illégal n’est plus seulement une infraction. Il est devenu une blessure écologique, sécuritaire et institutionnelle. Des acteurs étrangers y prospèrent, mais ils n’avancent jamais seuls. Derrière eux se dessine une chaîne de silences, de renoncements et parfois de complicités. En mobilisant la force publique, l’État veut désormais sortir de la caverne : remettre la loi dans la lumière et le devoir au-dessus des intérêts.
Dans un périmètre d’intérêt financier, la chefferie renonce à son devoir de garde et cède la terre. Pourtant, elle la reçoit comme un héritage à préserver et à transmettre, non comme une rente à épuiser. Lorsqu’elle abandonne le patrimoine collectif aux convoitises immédiates, elle ne cède pas seulement une parcelle. Elle hypothèque l’avenir et livre la vulnérabilité des communautés aux prédateurs de l’or. La tradition n’est légitime que lorsqu’elle protège, lorsqu’elle expose, elle se renie. Dans un périmètre d’intérêt financier, l’élu peut glisser de la représentation à la complicité. Pris entre la fidélité à ses administrés, le calcul électoral et l’intérêt personnel, il peut céder au compromis.
Chefferie : quand la mission de garde devient objet de prédation
Mais, lorsque le mandat se négocie au détriment du territoire, la représentation cesse d’être un devoir pour devenir une transaction contre la santé des populations et l’intégrité des terres. Dans un périmètre d’intérêt financier, l’administration se tait, et la prédation gagne en légitimité. L’autorité administrative cache ou trouble l’information. Filtrer, retenir ou déformer l’information, c’est aveugler volontairement la décision publique. Lorsque le silence administratif protège des intérêts particuliers, la faute change de nature. Elle peut devenir complicité, puis corruption.
Les forces de sécurité savent, mais leur absence interroge. Une pelleteuse de 30 tonnes ne traverse pas un territoire comme un fantôme. Portée sur un porte-char, elle emprunte nos routes, franchit nos villes, croise nos barrages et passe sous nos caméras avant d’atteindre la forêt. Si elle arrive au lieu du crime malgré tout, alors l’ombre n’est plus absence de lumière. Elle devient un choix de ne pas voir.
Quand tous voient et que personne n’agit, la cité chancelle
Le drame n’est donc plus seulement celui de ceux qui creusent, mais de ceux qui regardent creuser. La République doit alors poser la seule question qui demeure : qu’as-tu fait du devoir qui t’était confié ? L’Assemblement nationale et le Sénat doivent soustraire cette crise au lyrisme des slogans et exercer pleinement leur mission constitutionnelle : contrôler l’action du gouvernement, auditionner les responsables publics compétents, diligenter des missions d’information ou d’enquête, identifier les défaillances institutionnelles et adapter, par la loi, le cadre de gestion et de protection des terres. Telle est leur part de lumière dans la restauration de l’ordre républicain. Servir la patrie commence là où cessent les excuses. Lorsqu’une fonction perd sa morale, la cité entière finit par entrer dans l’ombre. Heureusement, l’exécutif ne consent plus au recul de son autorité.
Dr. Kalilou Coulibaly


