Mise en œuvre de l’Arrêté sur le régime des entrepreneurs de spectacles vivants : La Côte d'Ivoire dans la structuration du secteur culturel
Professionnaliser l'écosystème des arts et de la culture pour permettre aux acteurs de vivre décemment de leurs œuvres. C'est la vision du Président de la République Alassane Ouattara et de l'Etat de Côte d'Ivoire que traduit en actions la ministre de la Culture et de la Francophonie, Mme Françoise Remarck. A cet effet, elle échange constamment avec les différentes couches socio-professionnelles et les partenaires de son département afin de consolider les industries culturelles et créatives (ICC).
C'est dans cette optique qu'elle a accordé une audience, le lundi 27 juillet 2026, à son cabinet au Plateau, à l’Association des producteurs de spectacles, des exploitants de salles et des organisations professionnelles (APROS-CI). A cette occasion, la première responsable des arts et la culture en Côte d'Ivoire a situé, ses hôtes, sur l'enjeu de la réforme et surtout l'annonce de la mise en œuvre de l’arrêté ministériel du 14 octobre 2025, déterminant le régime des entrepreneurs de spectacles vivant sur le territoire national.
Cette rencontre n'est que l'aboutissement d'un processus inclusif, dont l'une des premières rencontres plénières a eu lieu le 23 décembre 2025 au Musée des Civilisations au Plateau. Ce jour-là, le président de cette organisation, Victor Yapobi, par ailleurs, président du COMICI (Comité Miss Côte d’Ivoire), et ses pairs ont exprimé, face aux médias nationaux et internationaux, toute leur satisfaction et admiration à la ministre de la Culture et de la Francophonie.
Ils ont salué le fait que le secteur soit enfin régi par des textes réglementaires consensuels et applicables, mais aussi par une véritable appropriation de leur domaine par les professionnels eux-mêmes.
Quand on sait que les questions d'immatriculation des acteurs, la détention d'une licence pour exercer ont fait l'objet de plusieurs séances de travail entre cette faîtière et la direction juridique du ministère avec la participation d'experts rompus aux questions de la législation et de l'économie des arts.
Des licences proposées par les organisateurs. Eux-mêmes !
De l'avis de Victor Yapobi et de plusieurs acteurs interrogés ce jour-là et même après, toutes les questions abordées ont été solutionnées, sans oublier les catégories et montants des différentes licences et cautions pour obtenir l'agrément d'exercer la profession.
Tout cela, il faut le noter, entre dans le cadre de la continuité de la loi de juillet 2014, relative à la politique culturelle nationale et du décret d'octobre 2021 portant organisation des spectacles vivants.
Et c'est en droite ligne avec tout ce qui précède que le gouvernement ivoirien, à travers le ministère de la Culture et de la Francophonie, a mis sur pied plusieurs réformes dont fait partie l'arrêté 2025 déterminant le régime des entrepreneurs de spectacles vivants sur le territoire national.
Au sortir de la dernière audience avec la ministre, pendant que certains promoteurs émettent des inquiétudes, d'autres saluent l’initiative, espérant que cette réforme soit un levain pour une embellie du secteur.
Pour ceux qui s'élèvent contre la pertinence de cet arrêté, et qui ont envahi les réseaux sociaux, depuis la fin de cette rencontre avec la tutelle, ils évoquent la question du coût de la licence. A ce sujet, nos sources auprès du ministère de la Culture et de la Francophonie tiennent à rasséréner les promoteurs culturels, d'autant plus que toutes les parties ont, de commun accord, adopté les propositions contenues dans l'arrêté.
Plusieurs acteurs et observateurs sont formels que toutes les propositions faites l'ont été par les acteurs, eux-mêmes, à travers leur organisation, l'APROS-CI, après plusieurs séances de travail.
A ce sujet, une approche ethnographique, sur les différentes plateformes et réseaux sociaux ont permis de requérir l'avis de certains promoteurs de renom dont Don Karim de la célèbre structure événementielle « Wendy & Co". « Il y a eu des échanges avec les promoteurs avant la validation de ces discussions. Aucun promoteur culturel ne peut affirmer qu'il n'a pas été informé des négociations qui ont conduit à cette décision et du contenu de l'arrêté ».
L'autre interlocuteur, membre influent de la faitière et qui a requis l’anonymat, affirme : « L'APROS-CI reste donc ouverte à toutes les questions et préoccupations ».
Il faut noter que, lors des travaux, dans la construction des éléments constitutifs de l'arrêté, une première phase consistait à se conformer aux exigences établies pour les promoteurs de spectacles. « Ceux qui n'ont pas encore effectué cette démarche sont invités à prendre contact avec le Secrétariat de L'APROS-CI », confie une autre source proche de l'organisation, au lendemain du 23 décembre 2025.
Pour le respect des artistes et du public
Ensuite, les promoteurs devaient également procéder à leur identification. « Ceux qui sont de vrais promoteurs de spectacles, qui mettent leur argent pour un concert de grandes stars ivoiriennes, africaines et mondiales, ne peuvent pas transiger avec cette mesure qui crédibilise notre travail », rapporte un autre membre de l'APROS-CI.
Cette réforme, de l'avis de plusieurs acteurs culturels, est d'intérêt et a une pertinence. Bien évidemment, la question du coût des licences fait l'objet de débats sur les réseaux sociaux, mais, à bien y voir de près, plusieurs autres acteurs expriment leur satisfaction quant au cadre juridique et à la professionnalisation que le secteur va connaître avec cet arrêté.
Des avancées notables au nombre desquelles la billetterie informatisée obligatoire, le respect de la capacité des salles de spectacles sont des points salués dans cet arrêté.
Pour Françoise Remarck, « la mise en œuvre de cet arrêté n'a rien de contraignant pour les professionnels du secteur des spectacles, bien au contraire elle vise à le professionnaliser, lutter contre la fraude et à sécuriser l'industrie du spectacle en Côte d'Ivoire et ses acteurs qui verront ainsi leurs investissements protégés. Également la sécurité des artistes et même du public ».
En somme, pour les acteurs de ce secteur, cette mesure renforce la transparence économique du secteur et lui donne un cadre juridique adéquat.
Tout simplement, les professionnels et entrepreneurs des spectacles vivants avaient un délai de six mois, à compter du 1er janvier 2025, suite à la grande rencontre du 23 décembre dernier, pour se mettre en conformité aux dispositions du nouvel arrêté. Et c'est ce qui doit se faire.
Jean Antoine Doudou
Encadré : Un processus inclusif et transparent !
Les montants ne sont pas issus du ministère de la Culture et de la Francophonie dont ce n'est pas la mission. S'agissant des licences de dix millions, cinq millions couvrent trois ans à raison de près de 133 000 par mois. Les cinq autres millions constituent une caution bancaire, la banque étant au choix des promoteurs. Cela, pour éviter de se retrouver avec des dettes à couvrir, des artistes qui signent et disparaissent, en ne venant pas ou des promoteurs qui en font de même. Des artistes n’étant pas payés. Avec, entre autres, les questions de sécurité des spectateurs, des salles aux normes qui ont été mises en évidence.
Un benchmark a même été fait avec d’autres pays avant tout. L’approche du ministère, sur la question et bien d'autres, a toujours été inclusive et dans le respect de l'écosystème des arts et la culture.
Bien évidemment, l’Etat a des responsabilités, surtout que c'est un secteur à structurer, pour sa professionnalisation et des revenus décents. Mais également, les acteurs doivent assumer leurs devoirs d'évoluer dans un cadre règlementé, qui les protège eux-mêmes et qui protège les consommateurs des produits culturels, surtout que ce public paie de son argent.
Cet arrêté est fait pour protéger toute la chaîne de valeur. La Côte d’Ivoire n’a rien inventé, en l’occurrence, en voulant protéger ces métiers. Il y aura des droits mais aussi des devoirs comme par exemple ne pas annoncer un concert pour 16h et monter sur scène à 22h.
Le public qui attend des heures sous le soleil et les portes restent closes... A la vérité, rien n’est fait contre l’écosystème culturel, ses acteurs le savent.
Pour attirer de gros événements, il faut aussi avoir un secteur structuré, professionnel et attractif. Et non pour des événements par à coup. La Côte d'Ivoire doit pouvoir organiser des activités toute l’année avec la priorité donnée aux promoteurs locaux.
JAD
