Marshall Balou (président du REM-PDCI) : « L'absence prolongée du président du parti a favorisé l'installation d'une crise interne »
Quelques jours après le lancement du Réseau d'Entraide Militant (REM-PDCI), son président, Kouakou Marshall Balou, par ailleurs membre du Bureau politique du PDCI-RDA, est revenu ce mercredi 29 juillet sur les motivations de cette initiative. Face à la presse, il a défendu la création de son mouvement tout en dressant un réquisitoire contre le fonctionnement actuel de son parti, qu'il juge marqué par un déficit de dialogue, des entorses aux textes et une crise de leadership.
D'entrée de jeu, le président du REM-PDCI a justifié la naissance de son mouvement par la situation que traverse le parti doyen. À ses yeux, « l'absence prolongée » du président du parti a favorisé l'installation d'une crise interne. Des nominations ont été contestées, certaines décisions ont été jugées contraires aux statuts et des divisions se sont installées. Le PDCI-RDA, qui a longtemps été un creuset d'unité, est aujourd'hui traversé par des querelles internes », a-t-il déclaré.
Pour Marshall Balou, cette situation révèle « un problème de leadership ». Le président du REM-PDCI a également dénoncé ce qu'il considère comme des violations des textes du parti. Il cite notamment la création de la fonction de « hauts représentants du président », qui, selon lui, n'est pas prévue par les statuts. « Si cette fonction répond à un besoin d'organisation, elle ne doit pas créer des conflits avec les délégués départementaux. Dans plusieurs régions, ces tensions existent », a-t-il soutenu.
Autre sujet de préoccupation : les alliances conclues par le PDCI-RDA avec d'autres formations de l'opposition. Sans remettre en cause le principe des alliances, Marshall Balou estime qu'elles doivent être décidées collectivement. « Aucune alliance n'est à proscrire. Mais une alliance doit être le fruit d'une décision du parti, et non d'une initiative individuelle », a-t-il insisté. Selon lui, le Bureau politique doit débattre de ces questions avant de mandater des responsables pour conduire les négociations, comme cela se faisait sous la présidence d'Henri Konan Bédié.
Le membre du Bureau politique est également revenu sur les contre-performances enregistrées par son parti lors des dernières élections législatives. Il les attribue notamment à des décisions prises par la direction concernant le retrait de certains candidats investis, parfois députés sortants, sans explication officielle. « Lorsqu'on a le sentiment que ces décisions relèvent de considérations personnelles, la crise devient profonde », a-t-il regretté, estimant que ces choix ont désorienté la base militante.
Réagissant aux nombreuses déclarations de soutien de certains mouvements associatifs à la direction du parti alors que le feu couve, Marshall Balou a indiqué qu’il d'une opération de communication qui élude les vraies préoccupations des militants. « Quand une plaie est recouverte d'une croûte, il ne faut pas croire qu'elle est forcément guérie. Si l'infection demeure, on risque la gangrène. Nous voulons traiter le problème à la racine en proposant de vraies solutions, issues des préoccupations des militants et de leur connaissance du terrain La confiance s'effrite aujourd'hui. Notre combat consiste justement à la restaurer», a-t-il souligné.
Selon lui, la priorité est de restaurer la confiance des militants à travers un véritable dialogue. « Ce qui nous préoccupe, ce n'est pas une personne, mais l'institution qu'est le PDCI-RDA », a-t-il souligné.
Interpellé sur la légalité de la création du REM-PDCI, il a rejeté les accusations de non-respect des procédures. Il affirme qu'aucun responsable du parti ne l'a convoqué depuis la tenue de l'assemblée générale constitutive du 11 juillet. « Les textes du parti sont clairs. Un mouvement se crée d'abord à travers une assemblée générale constitutive avant de déposer son dossier auprès du parti. C'est exactement ce que nous avons fait », a-t-il expliqué, précisant que les activités du mouvement n'ont pas encore véritablement débuté. Il a également assumé le choix de ne pas informer officiellement certaines instances du parti avant cette rencontre.
« Nous redoutions que notre initiative soit dénaturée. Nous voulions une rencontre destinée exclusivement aux militants », a-t-il indiqué, estimant que la forte mobilisation enregistrée devrait être perçue comme un atout pour le parti plutôt que comme une menace. Balayant les accusations de manipulation par le pouvoir, Marshall Balou s'est voulu catégorique. « Ceux qui me connaissent savent que je ne suis manipulé par personne », a-t-il lancé.
Concernant les difficultés liées au retour en Côte d'Ivoire du président Tidjane Thiam, il a estimé qu'un sujet aussi sensible ne pouvait être abordé au détour d'un meeting. Selon lui, si des préoccupations sécuritaires existent, elles doivent être examinées par le Bureau politique et faire l'objet d'une démarche officielle auprès des autorités compétentes. Enfin, le président du REM-PDCI a dénoncé la mise à l'écart présumée de plusieurs cadres du parti. « Aujourd'hui, plusieurs cadres ont le sentiment d'être mis à l'écart. Notre combat est celui du rassemblement », a-t-il conclu, réaffirmant que le REM-PDCI entend contribuer à restaurer l'unité et la cohésion au sein du plus vieux parti de Côte d'Ivoire.
Rahoul Sainfort
Kouakou Marshall Balou a défendu la création du REM-PDCI, qu'il présente comme un mouvement destiné à restaurer le dialogue et la cohésion au sein du PDCI-RDA
