Mondial 2026 : Groupe E -2e journée : La Côte d'Ivoire aux portes de l'histoire
Il y a des rendez-vous qui ne se présentent qu'une seule fois. Ce samedi 20 juin 2026 au BMO Field de Toronto, la Côte d'Ivoire affronte l'Allemagne dans un duel au sommet du groupe E. Avec trois points chacune, les deux nations se disputent la première place. Mais au-delà du classement, c'est une page d'histoire ivoirienne qui pourrait s'écrire cette nuit canadienne.
Un fantôme à exorciser, une génération à affranchir
Trois Coupes du monde, trois éliminations au premier tour. 2006 en Allemagne, 2010 en Afrique du Sud, 2014 au Brésil : la malédiction ivoirienne en phase de poules ressemble à une fatalité répétée. Et pourtant, jamais les Éléphants n'ont semblé aussi proches de briser ce cycle maudit qu'en ce Mondial 2026, élargi à 48 équipes, où le format offre à huit équipes classées troisièmes une seconde chance de se qualifier.
En 2014 au Brésil, l'espoir avait brièvement traversé le pays. Les Éléphants avaient bien débuté face au Japon (2-1), avant de sombrer consécutivement devant la Colombie (1-2) et la Grèce (1-2). Cette Grèce qui avait arraché son billet au bout du suspense, sur penalty, dans les dernières minutes. Une défaite cruelle qui avait renvoyé les Ivoiriens à leur triste sort de favoris contrariés.
Mais la donne a changé. L'équipe actuelle n'est pas la Génération dorée incarnée par Didier Drogba, Yaya Touré, Didier Zokora, Kolo Touré, Seydou Doumbia, Emmanuel Eboué, Kader Keïta, Salomon Kalou, Arthur Boka, Arouna Koné ou Geoffroy Serey Dié, Aruna Dindane, Bonaventure Kalou, Emerse Faé, Gauthier Akalé Kanga, Jean-Jacques Tizié, Cyrille Domoraud, ces monuments du football ivoirien qui portaient autant d'espoirs que de pression. Elle est différente. Elle est solidaire. Et cette solidarité, unanimement soulignée par le président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Yacine Idriss Diallo, est peut-être son arme la plus redoutable.
Un seul précédent, à l'avantage des Éléphants
L'histoire entre l'Allemagne et la Côte d'Ivoire est rare, mais elle est ivoirienne dans l'âme. Les deux nations ne se sont affrontées qu'une seule fois, un match amical disputé le 18 novembre 2009 à la Veltins-Arena de Gelsenkirchen. Ce soir-là, les Éléphants, privés de Didier Drogba, avaient créé la surprise en arrachant un spectaculaire match nul 2-2 sur la pelouse de la Mannschaft. Emmanuel Eboué et Seydou Doumbia avaient inscrit les buts ivoiriens, face aux deux réalisations de Lukas Podolski.
Un nul à l'extérieur contre l'une des nations les plus titrées du monde, trois étoiles mondiales, championne d'Europe à quatre reprises. Ce seul précédent n'est pas une garantie, mais il est un signal. Et les Éléphants d'Emerse Faé, forts de leur succès inaugural face à l'Équateur (1-0) lors de la première journée, arrivent à Toronto avec des certitudes renforcées. Sur dix matchs toutes compétitions confondues, ils affichent huit victoires, un nul et une défaite, une dynamique que peu d'équipes du groupe E peuvent revendiquer.
L'Allemagne, elle, reste l'épouvantail du groupe. Sa victoire 7-1 face à Curaçao lors de la première journée en dit long sur ses ambitions. La Mannschaft de Julian Nagelsmann, invincible sur ses dix derniers matchs, arrive à Toronto avec la puissance d'un rouleau compresseur. Mais les Éléphants ont l'un des arguments les plus solides qui soit : ils ont déjà battu la France (2-1 à Nantes, le 4 juin en amical), la Corée du Sud, l'Écosse et l'Équateur. Leur 35e rang au classement FIFA ne dit pas tout de leur potentiel.
"Nous ne sommes pas venus pour jouer trois matchs et rentrer"
Dans les rues de Toronto, le verdict est tombé bien avant le coup de sifflet. "L'Allemagne a chaud", "On va les battre", "Est-ce qu'ils connaissent Faé ?". Ces cris ont fusé des centaines de gorges, le jeudi 18 juin, lorsque le peuple ivoirien de la plus grande métropole du Canada, drapé aux couleurs orange, blanc et vert, est sorti en masse pour accueillir les Éléphants à leur arrivée à l'Omni King Edward Hotel, quartier général de la délégation dans la ville-reine, à quelques jours du choc décisif contre la Mannschaft.
Des propos repris, plus diplomatiquement mais avec la même conviction, par le sélectionneur Emerse Faé lors de sa conférence de presse d'avant-match au BMO Field. En zone mixte, après l'entraînement du groupe au 56 Centennial Park Road à Etobicoke, Wilfried Singo, Ghislain Konan et Christ Inao ont parlé d'une seule voix : « La Côte d'Ivoire est à cette Coupe du Monde pas pour jouer trois matchs et repartir, mais pour aller le plus loin possible. »
Et les joueurs ont les moyens d'aller loin. Le capitaine Franck Yannick Kessié en est l'âme battante, Seko Fofana le moteur, Ibrahim Sangaré la tour de contrôle. Mais la gélule de Faé regorge aussi de talents capables de surprendre les meilleures défenses du monde : le fulgurant Yan Diomandé, l'élégant Amad Diallo, la technique de Nicolas Pépé, la fougue de Yoan Bonny, et la classe de Guéla Doué, héritier désigné d'une tradition d'excellence.
Ce samedi 20 juin 2026, à 20 heures GMT, sous les projecteurs du BMO Field, la Côte d'Ivoire a rendez-vous avec son histoire. Celle d'une nation de football qui refuse de se définir par ses absences, et qui veut enfin, sur la scène mondiale, prendre la place que son talent mérite. Une victoire contre l'Allemagne ne serait pas une surprise. Ce serait une affirmation.
OUATTARA Gaoussou à Toronto (Canada)
