Chambre nationale d'Agriculture : Le monde agricole scelle le consensus pour une réforme historique
Le chantier de la refondation de la Chambre nationale d'Agriculture de Côte d'Ivoire (CNA-CI) entre dans sa dernière ligne droite. À Yamoussoukro, les représentants de l'ensemble des familles professionnelles agricoles ont franchi un cap décisif en validant le projet de décret portant réorganisation de l'institution. Au terme de trois jours de concertation ( du 26 au 29 juillet 2026), les acteurs ont appelé le Gouvernement à accélérer le processus afin de permettre l'installation de la nouvelle Chambre avant la fin de l'année 2026.
Réunis à l'Hôtel Président, les 277 participants à l'Atelier national d'examen et de validation ont adopté, par acclamation, les conclusions et recommandations issues des travaux. Cette rencontre, qui a mobilisé les représentants des ministères de tutelle, du Comité de pilotage, des organisations interprofessionnelles agricoles (OIA), des organisations professionnelles agricoles (OPA), des universités, des agences de développement ainsi que des partenaires techniques et financiers, vient couronner près de vingt-cinq années de réflexion sur la restructuration de l'institution consulaire agricole.
Une Chambre plus représentative et mieux gouvernée
Le projet de décret adopté redessine en profondeur l'organisation de la Chambre nationale d'Agriculture. Celle-ci sera désormais articulée autour de trois organes majeurs : une Assemblée générale, un Conseil d'administration et un Conseil de surveillance. Un dispositif de médiation et d'arbitrage consulaire est également institué afin de favoriser le règlement des différends.
La gouvernance est, elle aussi, renforcée. Le bureau sera composé d'un président et de quatre vice-présidents représentant les principales composantes du secteur agricole. Les conditions d'accès à la présidence ont été durcies afin de garantir une expérience confirmée des futurs responsables. En parallèle, la réforme prévoit une diversification des ressources financières de l'institution grâce au développement de ses propres établissements et un renforcement des mécanismes de contrôle pour assurer une gestion plus transparente.
Une feuille de route ambitieuse jusqu'en 2030
Les participants ont également validé une feuille de route couvrant la période 2026-2030. Celle-ci fixe plusieurs priorités, notamment l'organisation des élections consulaires au cours du premier semestre 2027, l'installation progressive de délégations régionales sur l'ensemble du territoire, le recrutement d'un Directeur exécutif par un cabinet indépendant afin de professionnaliser la gestion, la création de nouveaux services au bénéfice des producteurs ainsi que le renforcement de l'autonomie financière de la Chambre.
Le document prévoit également la création d'un registre national des agriculteurs et la délivrance d'une carte professionnelle consulaire destinée à mieux structurer le secteur. Les participants ont recommandé au Gouvernement d'achever rapidement la révision du texte afin de le soumettre au Conseil des ministres, tout en poursuivant l'accompagnement institutionnel et financier de la phase transitoire.
Le Gouvernement réaffirme sa volonté d'aboutir
Présidant la cérémonie de clôture au nom du ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, le Directeur général du Développement rural, N'Guessan Rodrigue, a salué la mobilisation des acteurs et l'esprit de consensus qui a marqué les travaux. Pour lui, cette réforme s'inscrit dans la continuité de la vision portée dès 1944 par le Président Félix Houphouët-Boigny avec la création du Syndicat agricole africain. Il a souligné que le choix de Yamoussoukro, ville natale du Père de la Nation, confère à cette rencontre une forte portée symbolique. Selon le représentant du ministre, le Président de la République, Alassane Ouattara, entend poursuivre cette ambition en dotant les producteurs d'une Chambre nationale d'Agriculture moderne, crédible et capable de relever les défis liés à la souveraineté alimentaire et à la transformation du secteur agricole.
« Aucune institution ne survit durablement si elle ne repose pas sur des textes fondateurs solides, clairs et consensuels », a-t-il déclaré, invitant l'ensemble des parties prenantes à privilégier l'intérêt général. Il a, par ailleurs, rendu un hommage au président du Comité de pilotage, Bamba Sindou, pour avoir su fédérer toutes les sensibilités autour d'un consensus. Il a enfin demandé que les conclusions de l'atelier et la feuille de route pour l'installation des nouvelles instances lui soient transmises dans les meilleurs délais afin de respecter l'objectif d'une mise en place de la nouvelle Chambre avant la fin de l'année 2026.
Bamba Sindou : « Les producteurs attendent leur maison commune »
Très ému au moment de refermer les travaux, le président du Comité de pilotage de la restructuration de la Chambre nationale d'Agriculture, Bamba Sindou, a remercié l'ensemble des participants pour leur engagement. Selon lui, les échanges nourris au sein des différentes commissions traduisent l'impatience des producteurs de disposer enfin d'une véritable « maison commune », capable de défendre leurs intérêts et de porter leurs préoccupations. Il a invité les représentants des ministères techniques à transmettre fidèlement au Gouvernement les attentes exprimées en faveur d'une adoption rapide du décret. Convaincu que les futurs dirigeants de la Chambre sont déjà parmi les participants, il les a exhortés à bâtir des relations fondées sur le dialogue, le respect et la confiance avec les administrations publiques. « La réussite des missions assignées à la Chambre d'Agriculture est à ce prix », a-t-il insisté, avant d'appeler l'ensemble des acteurs à demeurer unis autour d'une agriculture ivoirienne plus forte et plus compétitive. Sous réserve de l'intégration des derniers amendements formulés au cours des travaux, le projet de décret portant réorganisation de la Chambre nationale d'Agriculture de Côte d'Ivoire est désormais prêt à être transmis au Gouvernement pour son adoption définitive.
Y. Sangaré
