Interview - Abel Djohoré (cadre du RHDP) : « Il faut que le peuple de Côte d’Ivoire rende à Alassane Ouattara, ce qu’il nous a donné »
Au Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), Abel Djohoré porte – signe de son importance et de son influence – trois casquettes majeures : membre du Conseil politique, secrétaire départemental de Ouragahio et Coordonnateur régional adjoint du Gôh. Ce haut cadre et militant engagé du RHDP est très actif, depuis de longues années, sur le terrain pour la cause de son parti. Dans cet entretien, Abel Djohoré, connu pour son franc-parler, se prononce sans faux fuyants sur l’actualité politique nationale : la candidature du Président Alassane Ouattara à l’élection présidentielle d’octobre prochain, la récente sortie de l’ancien chef d’Etat, Laurent Gbagbo, la résurgence des discours de haine et tribaux… Abel Djohoré tout feu, tout flamme !

Le Patriote : Après avoir dit oui aux Ivoiriens, Alassane Ouattara s’apprête à déposer ses dossiers de candidature dans les jours à venir. Quels sentiments vous animent en ce moment ?
Abel Djohoré : C’est un sentiment de joie, de fierté. C’est un sentiment de reconnaissance parce que nous avons souhaité vraiment cette candidature. En tant qu’homme de parole, ce n’était pas évident. Cependant, en tant qu’homme de parole, mais homme de devoir aussi, le président de la République a accédé à notre demande. Nous ne pouvons qu’être fiers. Et nous sommes prêts à l’accompagner.
LP : Vous êtes prêts à l’accompagner jusqu’à quel niveau ?
AD : Il n’y a aucun doute. Nous allons l‘accompagner jusqu’à la victoire, la victoire finale au premier tour (de l’élection présidentielle). Pour nous, le ‘’un coup KO’’ n’est pas un simple slogan de campagne. Nous allons le traduire en acte. Pour moi, notre candidat n’a plus rien à faire dès le moment où il a accédé à notre demande. Nous allons lui dire de rester à la maison. En tant que ses soldats, nous irons chercher le fauteuil pour le réinstaller.
LP : Il n’a vraiment rien à faire ?
AD : Absolument rien. Nous allons nous occuper de la campagne. C’est notre affaire. C’est un mandat de reconnaissance de tout le peuple de Côte d’Ivoire et particulièrement pour les militants du RHDP eu égard à ce que ce grand homme d’Etat a donné à la Côte d’Ivoire, son pays. Tout ce que nous lui demandions était de dire oui à notre sollicitation et ensuite de faire acte de candidature. Le reste, nous nous en chargeons. On s’en occupe au sens le plus large possible. Il n’y a pas de débat.
LP : Le défi pour vous, c’est la victoire au premier tour. Cela va nécessiter beaucoup d’engagement ?
AD : La victoire, nous la voulons éclatante et écrasante qui ne souffrira d’aucune contestation. Nous sommes prêts pour qu’il en soit ainsi. Il faut que le peuple de Côte d’Ivoire rende à Alassane Ouattara, ce qu’il nous a donné. (Rire, ndlr). Nous sommes vraiment prêts. Nous lui avons arraché le oui. S’il le souhaite, après le dépôt de sa candidature, il peut aller se reposer en voyage dans un lieu de son choix. Le fauteuil présidentiel l’attend.
LP : De façon plus claire, vous pensez aller à cette élection en roue libre ?
AD : C’est une évidence. Nous y allons en roue libre. Eu égard à son bilan, au travail qu’il a abattu, au blason des Ivoiriens qu’il a redoré, au développement des infrastructures dans tous les domaines, les Ivoiriens qui ne sont pas idiots lui sont reconnaissants. C’est justement pour cette raison qu’il était redouté par l’opposition, qui croyait naïvement pouvoir empêcher sa candidature. Elle priait pour qu’il ne soit pas candidat. Parce qu’avec ADO candidat, il n’y a rien à faire.
LP : Face à votre optimisme, l’opposition, notamment le PPA-CI et son leader Laurent Gbagbo, a dit samedi dernier qu’elle mettra tout en œuvre pour empêcher ce qu’elle appelle le quatrième mandat. Cette sortie musclée de l’ex-chef d’Etat devrait vous donner des sueurs froides ?
AD : Ce n’est pas le PPA-CI qui décide de comment la vie politique doit se dérouler en Côte d’Ivoire. Non. Nous sommes dans un État démocratique. Nous avons notre candidat qui est candidat pour la deuxième fois dans la 3e République. Ils peuvent appeler ça abusivement 4e mandat. Ils peuvent appeler cela comme ils veulent. Nous savons que le Président Ouattara est candidat pour la 2e fois dans la 3e République. Nous nous en tenons à cela. S’ils sont démocrates, s’ils sont républicains, ils doivent rentrer dans ce moule. La manipulation ne peut pas passer. La manipulation politique ne passera pas. Ils ne font que cela. Ils ne font que de la désinformation, de la provocation. Malheureusement pour eux, les Ivoiriens sont passés à autre chose.
LP : Vous semblez balayer du revers de la main cette menace du Président Gbagbo déterminé à s’opposer à un 4e mandat ?
AD : Il est libre de tenir de tels propos, de donner son opinion. Il y a ce qu’on dit et il y a les actes qu’on pose. Depuis qu’il parle, avez-vous l’acte qu’il a posé ?
LP : On ne sait jamais …
AD : Nous nous connaissons dans ce pays. Le seul mot d’ordre que Laurent Gbagbo peut donner, et ça je le lui conseille d’ailleurs, c’est celui d’apaiser les cœurs. Et donner l’occasion aux Ivoiriens de continuer d’observer la quiétude qu’ils ont depuis 15 ans bientôt. C’est le seul mot d’ordre qu’il peut donner. S’il va en dehors de ça, il en paiera les conséquences. Tout le monde sait proférer des menaces. Tout le monde peut menacer. Nous n’en sommes pas là parce que nous sommes suffisamment matures et sérieux. Et nous pensons qu’aujourd’hui, avec ce que le Président Ouattara a fait, là où il a repositionné le pays, le niveau de développement que nous avons, nous devons être responsables. Nous nous sommes inscrits dans cette dynamique. Le chien aboie la caravane passe. Jusque-là, nous avançons. Ce n’est pas la première fois que nous entendons ce genre de menace. Lorsqu’en 1990, le Président Houphouët faisait appel au Président Ouattara au chevet d’une Côte d’Ivoire malade, qui tanguait économiquement, les mêmes avaient dit qu’il n’était pas Ivoirien. Ils avaient dit qu’il ne serait jamais président de la République de Côte d’Ivoire. Ils avaient dit qu’il ne serait jamais candidat à une élection présidentielle. Après son élection, ces mêmes personnes avaient dit qu’il n’allait pas prêter serment. Nous sommes donc habitués à cela… Comme on le dit chez nous au village : « l’eau chaude boue, mais ne brûle pas la case ». On ira à cette élection le 25 octobre. Vous verrez qu’il n’y aura rien. Si c’est pour parler, ils sont champions. Mais, il n’y aura rien. Nous sommes habitués à ça.
LP : Pour vous, c’est du bluff, cette mise en garde ?
AD : Y a-t-il un mot plus fort que le bluff ? Il faut chercher. C’est de la manipulation. Ils manipulent leurs militants. Ce sont ceux qui se laissent berner qui en font les frais. Nous, nous les connaissons. Nous pensons qu’il n’y aura rien.
LP : Vous dites qu’il n’y a rien. Pourtant, selon nos informations, de nombreux Ivoiriens auraient peur ?
AD : C’est cela leur objectif : créer la psychose. Faire peur aux Ivoiriens. Mais, nous disons à ces Ivoiriens qu’il n’y pas de quoi à avoir peur. Parce qu’il n’y a rien. Il n’y aura rien. Je suis d’une zone où leur recette de psychose prospérait par le passé. Nuitamment, ils rentraient dans les maisons pour dire aux gens : « Il va y avoir la guerre » ; « si le Président Ouattara dépose sa candidature, la Côte d’Ivoire va brûler »… Ils leur ont dit de s’acheter des provisions parce que la Côte d’Ivoire va brûler. Ayant appris ces informations, nous avons fait une tournée pour rassurer nos parents. Ces recettes ne prennent plus. Parce hier, après avoir fait tout cela, aux premiers bruits de bottes, ils ont fui le pays en 2010-2011. Ils ont détalé. Nous avons parcouru toute la région pour rassurer nos parents, pour les faire revenir en ville, dans les villages, dans les campements. C’est encore moi qui suis passé pour leur dire qu’il n’y aura rien. C’est fini. Nous n’allons plus laisser faire. On ne va plus se laisser faire. C’est terminé. (Il hausse le ton, ndlr) On ne va plus laisser faire. Cela démontre le manque de reconnaissance de Laurent Gbagbo. Il n’est pas reconnaissant. On ne traite pas ainsi quelqu’un qui t’a sauvé la vie.
Se souvient-il de l’état dans lequel il était quand il a été capturé le 11 avril 2011 et conduit à l’hôtel du Golf ? Ils disent que ce sont les Français qui ont fait le travail. Ils oublient que pour gagner une guerre, il faut avoir des alliés. Celui qui fait la guerre sans avoir d’alliés est un homme perdu. Celui qui gagne une guerre avec des alliés, donne la preuve qu’il est un stratège. La seconde guerre mondiale a été gagnée par les alliés. Ceux qui se disent historiens devraient le savoir. Alassane Ouattara lui a sauvé la vie.
J’ai décidé de ne plus me taire parce qu’il faut qu’on lui parle pour qu’il sache qu’il n’est pas le maître du monde. Gbagbo n’est pas le centre du monde. Qu’il se rappelle qu’il est en vie grâce au Président Ouattara, à l’humanisme de quelqu’un qu’il a bafoué, qu’il a humilié, traîné dans la boue. Laurent Gbagbo avait supplié le Président Ouattara pour que lui et sa femme Simone ne soient pas incarcérés dans la même ville. Il a donné son cuisinier personnel pour faire à manger à Gbagbo à Korhogo. Se rappelle-t-il cette époque ? S’il ne s’en rappelle pas, moi je le lui rappelle. Il faut que Monsieur Gbagbo dise à ses partisans que c’est le cuisinier du Président Ouattara qui préparait pour lui. Il faut qu’il dise que Alassane Ouattara est extrêmement humain. Il faut qu’il le reconnaisse. Qu’il arrête.
A Gagnoa où j’étais récemment, j'ai dit que c’est grâce au Président Ouattara que Monsieur Gbagbo a recouvré la liberté après son procès à la CPI. Ses suiveurs et autres n’ont rien compris du tout. C’est pour que Laurent Gbagbo revienne au pays que le Président Ouattara a refusé d’extrader Simone Gbagbo à la CPI. Si elle avait été extradée, le procès serait encore en cours et Gbagbo n’aurait pas regagné son pays. On ne peut pas ne pas être reconnaissant jusqu’à ce point. Ils ne peuvent rien faire. Ils ne peuvent que menacer dans la bouche.
LP : En clair, la chienlit ne passera pas ?
AD : Pas du tout. Le désordre n’aura plus droit de cité dans ce pays. C’est terminé. Ils jouent sur la peur des gens. Nous allons prendre des dispositions pour que ça ne passe plus.
Nous allons demander à nos parents de bien remarquer ceux qui les abordent pour leur faire peur. Ils répondront de leurs actes. Nous allons dire à nos militants et à toutes les populations de ne pas céder aux provocations. Nous n’avons pas le temps pour des bagarres inutiles. Nous nous battons plutôt pour le développement, pour avoir des routes, des centres de santé, de l’eau, de l’électricité. Le temps de la bagarre est fini. Ceux qui ne l’ont pas encore compris se trompent d’époque. Évitons donc la polémique puérile avec cette affaire de quatrième mandat, vingtième mandat. Sortons de ces positions qui ne nous mènent nulle part. Sortons des invectives inutiles, de la provocation. Sortons des langages de xénophobie, de tribalisme.
LP : Justement que pensez-vous du retour des discours xénophobes que diffusent aujourd'hui les militants de l'opposition, notamment ceux du PPA-CI ?
AD : Oui, mais ils ne connaissent que ça. Ils ne connaissent que ce discours. Parce qu’ils ne savent pas ce qu'on appelle le développement. Ils ne connaissent pas autre chose que le discours de haine, de xénophobie, de tribalisme, d’exclusion. Aux affaires hier, ils avaient l'armée. Ils avaient tout, mais on les a défaits, aussi bien dans les urnes que sur le terrain de combat. Désormais, on rendra coup pour coup.
LP : C’est violent comme propos…
AD : Ce n’est pas violent. Je ne suis pas Jésus-Christ. C’est lui qui dit que quand « on te gifle sur la joue droite, il faut donner la joue gauche ». Jésus-Christ est venu sauver l'humanité. Mais moi, je ne suis pas venu sauver l'humanité. Nous ne sommes pas de la même étoffe. Chez nous, quand quelqu'un t'insulte, tu l'insultes aussi puis vous avancez. Donc quand tu me tapes, je te tape et puis on avance. C'est le même sang bété qui coule en nous. La violence appelle la violence. Laurent Gbagbo doit dire merci au Président Ouattara. C’est lui qui nous appelle tous les jours au calme.
LP : Ne pensez-vous pas qu’en tombant dans ce jeu de la provocation, cela pourrait porter préjudice à la stabilité que connaît le pays ces dernières années ?
AD : Nous n’allons pas nous laisser marcher dessus parce qu'on ne veut pas tomber dans la provocation. S’ils nous provoquent, nous allons terminer ce qu’ils ont commencé. Nous nous sommes assez tus. Quand tu provoques quelqu’un, tu t'attends à une réponse. Heureusement que depuis que Laurent Gbagbo parle, il ne donne pas de mot d’ordre. Les Ivoiriens iront à cette élection. A nouveau, je voudrais les rassurer. Il n’y aura rien.
Ils sont d’ailleurs déjà rassurés. Parce qu'ils savent qu’en 2010, 2011 ils ont été abandonnés. En son temps, alors Président de la République, Henri Konan Bédié avait protégé le V Baoulé. En 2010, nos parents ont été abandonnés. Ceux qui devaient les protéger ont détalé. Ils ont fui comme des lapins. Nos parents étaient livrés à eux-mêmes. Comme en 2010, si les choses se répètent, ces mêmes personnes vont fuir à nouveau. A l’époque, ils avaient tout pour écraser leurs adversaires, pour écraser Alassane Ouattara et ses hommes. Ils n’ont pas pu. Ce n’est pas maintenant qu’ils n’ont rien qu’ils pourront faire quelque chose.
Au-delà des Bétés, les autres populations doivent être conscientes de ces manipulations. A la prestation de serment du Président Ouattara à Yamoussoukro en mai 2011, toute la chefferie bété était présente. Nous sommes républicains, nous soutenons la paix et nous respectons les institutions. Ces manipulateurs ont joué avec la conscience des populations. Aujourd’hui, elles se rendent compte que ce n’était que du bluff. Laurent Gbagbo lui-même a avoué que le Président Ouattara a bien travaillé. Mais dans son entendement quand quelqu’un a bien travaillé, il doit partir. Cela est un non-sens. Au contraire, partout dans le monde, on réclame des gens qui font du bon travail. Pourquoi la Côte d’Ivoire devrait faire l’exception ?
LP : Vous l’avez répété à plusieurs reprises : vous êtes de Gagnoa. Entre le Gagnoa d’hier et le Gagnoa d’aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé ?
AD : Regardons les faits. Entre ce qui a été fait hier et ce qui est fait aujourd’hui, la différence est énorme. Prenons Guibéroua. Notre ville a été érigée en sous-préfecture en 1961. Il a fallu 2014, pour que la ville connaisse le bitume et cela, grâce au Président Ouattara. Avant cela, Guibéroua était une ville poussiéreuse, minable. Les infrastructures étaient inexistantes. Aujourd’hui, un château d’eau dessert presque tous les villages, des tables-bancs ont été distribuées dans toutes les écoles.
Gagnoa, le chef-lieu de région, n’était pas mieux loti. La route, qui y mène en passant par N’douci, était dans un état piteux. Laurent Gbagbo lui-même était obligé de faire un grand détour pour s’y rendre. Aujourd’hui, on roule sur ce tronçon les yeux fermés. Nos parents touchent le développement du doigt. Ils le vivent au quotidien. Les bâtiments publics, comme la préfecture ou la résidence présidentielle, étaient en ruines. Les villages étaient enclavés. Les femmes ne pouvaient pas accéder aux centres de santé et aux services essentiels. Aujourd’hui, grâce aux actions du Président Ouattara, ces infrastructures existent et permettent aux populations de mieux vivre. Quand Gbagbo été président de ce pays, il n’a rien fait de significatif pour Gagnoa. Les actions menées ont permis de désenclaver les villages et de faciliter la vie quotidienne des habitants. Au contraire de tous ceux qui ne connaissent que le langage de la haine, de la provocation et de la peur, le Président Ouattara a misé sur le développement concret et durable des régions. Ceux qui se limitent aux discours xénophobes et tribaux ne peuvent pas prospérer dans ce contexte. Les Ivoiriens conscients des résultats tangibles, continueront à soutenir les actions qui améliorent leur quotidien.
LP : Au total que doivent retenir les populations de Côte d’Ivoire qui attendent le 25 octobre pour se rendre aux urnes ?
AD : Le message est clair : les provocations ne passeront pas, le désordre n’aura plus droit de cité, et les populations doivent rester calmes et confiantes. La stabilité et le développement du pays sont prioritaires. Ceux qui tentent de semer la peur doivent être identifiés, mais sans violence. La réponse se fera par la vigilance et l’action citoyenne, pas par le chaos. En résumé, l’opposition peut parler, menacer et manipuler, mais les faits restent là : le développement, la sécurité et la stabilité de la Côte d’Ivoire sont assurés par des actions concrètes et non par des discours vides. Les populations le savent et continueront à soutenir celles et ceux qui œuvrent pour leur bien-être.
Interview réalisée par Y. Sangaré Thiery Latt