Subvention de 15 milliards de FCFA à l'OIA Café-Cacao : Une demande qui suscite des interrogations
L'Organisation interprofessionnelle agricole du secteur café-cacao (OIA Café-Cacao) sollicite de l'État ivoirien une subvention de 15 milliards de FCFA pour l'exercice 2026, qui s'achève le 31 décembre prochain. Une requête qui soulève de nombreuses interrogations au regard de l'ancienneté de cette structure, de ses missions et des activités effectivement réalisées depuis sa création.
À titre de comparaison, l'Organisation interprofessionnelle agricole Coton-Anacarde (OIA Coton-Anacarde), opérationnelle depuis plusieurs années, fonctionne avec un budget annuel d'environ 3,5 milliards de FCFA. Cette enveloppe lui permet d'assurer ses missions de représentation, d'accompagnement des producteurs et d'animation de l'ensemble de la chaîne de valeur.
Créée en août 2025 à Yamoussoukro, l'OIA Café-Cacao est encore dans une phase de structuration. Jusqu'à présent, son action la plus visible a porté sur la gestion du rachat des stocks invendus de la récolte principale de cacao, une opération pour laquelle le Gouvernement a mobilisé 291 milliards de FCFA afin d'acquérir 100 000 tonnes de fèves auprès des coopératives au prix garanti de 2 800 FCFA le kilogramme.
En dehors de cette opération, certains observateurs estiment que les actions concrètes de l'organisation en faveur des producteurs restent encore limitées. Dans ce contexte, la demande d'une subvention de 15 milliards de FCFA apparaît, pour ses détracteurs, disproportionnée au regard des missions effectivement exercées et des résultats enregistrés à ce stade.
Composée notamment des collèges des producteurs, des transformateurs, du GEPEX, du GNI et de l'UCOOPEXCI, l'OIA Café-Cacao a pour vocation de rassembler les différents acteurs de la filière afin de favoriser le dialogue, de défendre les intérêts communs et de contribuer au développement durable des secteurs café et cacao.
Cependant, plusieurs acteurs de la filière s'interrogent sur la pertinence d'un financement d'une telle ampleur alors que les priorités des producteurs demeurent nombreuses. Ceux-ci continuent notamment de faire face aux difficultés liées aux revenus, à l'amélioration des conditions de production et à une meilleure représentation de leurs préoccupations.
Présidée par Siaka Diakité, l'organisation avait notamment obtenu la responsabilité de la gestion du rachat des stocks invendus de cacao. Certains observateurs estiment qu'avant toute augmentation significative des ressources publiques, un bilan détaillé de cette opération ainsi que des activités menées depuis la création de l'organisation permettrait de renforcer la transparence et la confiance.
Cette demande de financement ravive également le souvenir des difficultés de gouvernance qui ont marqué certaines anciennes organisations de la filière cacao. Pour plusieurs acteurs, ces expériences passées plaident en faveur d'une vigilance accrue dans l'utilisation des ressources publiques et dans les mécanismes de contrôle.
Depuis son accession à la magistrature suprême, le Président Alassane Ouattara a fait de la bonne gouvernance, de la rigueur budgétaire et de la transparence dans la gestion des finances publiques des axes majeurs de son action. Dans cette logique, l'octroi d'une subvention aussi importante à une structure encore récente appelle, selon plusieurs observateurs, une justification précise des besoins, des objectifs poursuivis et des résultats attendus.
Au regard de ces éléments, certains estiment que l'OIA Café-Cacao ne présente pas, à ce stade de son développement, des caractéristiques suffisamment différentes de celles de l'OIA Coton-Anacarde pour justifier un niveau de financement plus de quatre fois supérieur.
Après une campagne principale 2025-2026 particulièrement difficile pour les producteurs de cacao, nombreux sont ceux qui considèrent que les ressources publiques devraient prioritairement servir à améliorer les conditions de vie des planteurs, à renforcer leurs revenus et à soutenir durablement la production.
Au-delà de la question budgétaire, le véritable défi de l'OIA Café-Cacao demeure celui de remplir pleinement sa mission : représenter les producteurs, défendre leurs intérêts auprès des industriels et des autres acteurs de la chaîne de valeur, et accompagner le Gouvernement dans la mise en œuvre de politiques favorables au développement des filières café et cacao.
Car le développement de la Côte d'Ivoire repose en grande partie sur son agriculture, et les producteurs de café et de cacao en constituent l'un des piliers essentiels. Toute réforme ou tout soutien financier en faveur de leurs organisations doit ainsi répondre à un impératif de transparence, d'efficacité et d'intérêt général.
YS
