Candidatures fantaisistes à la Présidence de la République : Pourquoi il faut réformer le code électoral par endroits

Candidatures fantaisistes à la Présidence de la République : Pourquoi il faut réformer le code électoral par endroits
 D’illustres inconnus ont fait acte de candidature avec des dossiers souvent incomplets.

Depuis l’ouverture du dépôt des dossiers de candidature au scrutin présidentiel par la Commission électorale indépendante (CEI), les locaux de l’institution connaissent une véritable ruée. Chaque jour, de nouveaux postulants viennent y déposer leurs dossiers, au point que l’on enregistre déjà près de vingt-cinq candidatures. Mais derrière ce chiffre impressionnant se cache une réalité beaucoup moins reluisante : si certaines candidatures sont sérieuses, d’autres relèvent tout simplement de la fantaisie. Le mot n’est pas trop fort. En effet, plusieurs prétendants à la magistrature suprême déposent, selon nos informations,  des dossiers incomplets, parfois sans parrainage, ni reçu du paiement de la caution fixée à 50 millions de FCFA.

Il y a aussi la question des candidats dont les noms ne figurent pas sur la liste électorale et qui, de ce fait, ne peuvent être ni électeurs ni éligibles. Il est de notoriété publique que Tidjane Thiam par exemple ne figure pas sur la liste électorale. Pourtant les locaux de l’organe chargé d’organiser les élections ont été ouvertes  hier à ses partisans.  Qui s’y sont rendus pour, disent-ils, déposer la candidature du président du PDCI. Aujourd’hui, les partisans de Laurent Gbagbo devraient en faire de même. Eux également seront  reçus bien que leur candidat ne figure pas sur la liste électorale.

 Malgré ces lacunes, la CEI est contrainte de les accepter. Pourquoi ? Parce que le code électoral l’impose. Le rôle de la CEI se limite à recevoir les dossiers et à les transmettre au Conseil constitutionnel, seul habilité à examiner la conformité des dossiers et à publier la liste définitive des candidats. L’institution n’a même pas le droit de vérifier si un dossier comporte toutes les pièces requises ou si le postulant figure effectivement sur la liste électorale. Des vérifications pourtant élémentaires, qui permettraient d’éviter ce spectacle pour le moins folklorique. Résultat : une banalisation de l’élection présidentielle, alors même qu’il s’agit du choix du premier des Ivoiriens.

Une question mérite alors d’être posée : pourquoi les candidats ne déposent-ils pas directement leurs dossiers au Conseil constitutionnel, puisque la CEI n’a aucun droit de regard sur leur conformité ? La procédure actuelle crée une situation absurde où l’institution électorale se retrouve réduite à une simple boîte aux lettres. Certains candidats l’ont bien compris. Profitant de ces failles, ils transforment leur dépôt de candidature en mise en scène médiatique pour gagner en visibilité que par véritable ambition présidentielle.

Face à ces dérives, une réforme du code électoral s’impose. Il serait logique et salutaire de permettre à la CEI de procéder à des vérifications de base : la présence du candidat sur la liste électorale, la complétude du dossier et la preuve du paiement de la caution. À défaut, la porte reste ouverte à toutes sortes de candidatures fantaisistes. Dans son état actuel, le code électoral est tellement permissif qu’il autoriserait, en théorie, même un mouton à déposer un dossier de candidature à la présidence de la République.

Rahoul Sainfort