Le rempart contre l’ivoirité

La Côte d’Ivoire n’en a pas terminé avec les démons de l’ivoirité. À l’approche de l’élection présidentielle du 25 octobre prochain, on assiste, hélas, à une résurgence des discours haineux, tribaux et xénophobes. La trompette nauséabonde de l’ivoirité est, une fois encore, embouchée par des acteurs politiques, principalement issus de l’opposition. En toile de fond : la résurrection du concept toxique TSO (Tout sauf Ouattara).
Le narratif est bien rodé : entretenir dans l’esprit de leurs militants — et sans doute d’une partie de l’opinion nationale, notamment les jeunes nés après 2000, qui n’ont pas connu les soubresauts sociopolitiques du pays — l’idée que des « étrangers » ont pris possession de leur patrie, et que « la Côte d’Ivoire doit appartenir aux vrais Ivoiriens ».
Ainsi, au-delà des réunions et tournées dans leurs bastions, c’est désormais sur la place publique — comme lors de la marche de l’opposition du 9 août dernier à Yopougon — que cette haine tribale et xénophobe est exaltée. Manifestement à court d’idées, sans vision ni projet concret pour le développement du pays, ces opposants ont choisi, piteusement, de patauger dans les eaux fétides de la division et du tribalisme, avec en arrière-plan une stratégie bien huilée : susciter la révolte d’une partie du peuple, ceux qu’ils considèrent comme les Ivoiriens « authentiques », contre les « envahisseurs ». Bref, un retour effroyable dans la poudrière identitaire du milieu des années 90 sous le règne du PDCI de Henri Konan Bédié, et des années 2000 sous la gouvernance calamiteuse du FPI de Laurent Gbagbo. Une attitude inconcevable et inacceptable dans un pays qui a déjà payé le prix fort de ces dérives ethniques, avec pour point culminant une crise post-électorale ayant fait, selon les chiffres officiels, 3 000 morts.
À dire vrai, l’opposition, notamment le front commun du PDCI et du PPA-CI, pousse le bouchon beaucoup trop loin.
Certes, à Yopougon, Laurent Gbagbo, du bout des lèvres, a donné l’impression de condamner les propos tribalistes et xénophobes de ses partisans. Mais personne n’est dupe. Ce sont bien Bédié et lui qui ont semé les graines de l’ivoirité. L’ancien président du PDCI a créé le monstre, et Laurent Gbagbo l’a nourri, amplifiant ses méfaits : déchirure du tissu social, déni systématique de la citoyenneté, persécution ahurissante d’une frange importante d’Ivoiriens devenus subitement apatrides dans leur propre pays ; catégorisation des citoyens en deux blocs — les Ivoiriens dits de « souche multiséculaire » et ceux de « circonstance » ; conflits communautaires ; exécutions sommaires ; guerre, etc.
Mais depuis 2011, avec l’accession du Président Alassane Ouattara à la magistrature suprême, le pays a tourné cette page sombre de son histoire récente. Sous son leadership, et grâce à son sens du pardon inouï, la Côte d’Ivoire a retrouvé stabilité et cohésion sociale. Les Ivoiriens, dans leur écrasante majorité, ont réappris à vivre ensemble dans la paix. Comme au temps du Président Félix Houphouët-Boigny. Indéniablement, Alassane Ouattara marche dans les sillons de son mentor, qui fit de ce pays, durant ses trois décennies de présidence, une terre de fraternité et d’espérance, où les populations vivaient en bonne intelligence, sans se soucier de leurs origines respectives.
Alassane Ouattara s’attelle donc à reconstruire l’œuvre que Houphouët-Boigny avait savamment bâtie, faisant de la Côte d’Ivoire une exception en Afrique de l’Ouest : un pays d’accueil, de brassage et d’ouverture. Une diversité qui a largement contribué à sa prospérité.
Au-delà de la sécurité, du développement infrastructurel et du bien-être des Ivoiriens, le combat contre l’ivoirité est l’un des moteurs du leadership du Président Alassane Ouattara dont le pays a impérativement besoin. Sans aucun doute, il constitue le véritable rempart contre cette hydre que certains opposants s’échinent à exhumer pour en faire l’arme d’un combat politique fondé sur un seul objectif : conquérir le pouvoir pour le pouvoir.
Assurément, cette résurrection pitoyable de l’ivoirité, orchestrée par des acteurs qui ne méritent plus de gouverner ce pays, ne passera pas. Absolument pas. Créée de toutes pièces pour écarter Alassane Ouattara du jeu politique, elle vit, indubitablement, ses dernières convulsions avant de rendre l’âme. À l’image d’un poulet égorgé qui s’agite. Car c’est bien avec Alassane Ouattara qu’elle mourra de sa propre mort. Pour une Côte d’Ivoire débarrassée à jamais des oripeaux de la haine, du tribalisme et de la xénophobie.
Charles Sanga