PDCI-RDA : 21 députés réclament la tête de Thiam, après la fronde contre Me Blessy à la tête du groupe parlementaire
Dialogue de sourds. Au PDCI, entre pro-Thiam et anti-Thiam, le dialogue semble rompu. La fronde menée par les députés-maires Jacques Ehouo (Plateau), Sylvestre Emmou (Port-Bouët) et Jean-Marc Yacé (Cocody) est montée d’un cran.
Tout est parti de la désignation de Me Blessy, député de Béoumi, comme président du groupe parlementaire PDCI, par Tidjane Thiam, président du parti. Cette décision a provoqué la colère de plusieurs piliers du parti, attachés au respect des équilibres régionaux. Le contenu de leurs échanges a fuité sur les réseaux sociaux. Les trois députés-maires, selon nos informations, bénéficient désormais du soutien de 18 autres députés. La fronde regroupe donc 21 députés sur les 31 que compte le PDCI. Ces derniers, qui menaçaient de créer un groupe parlementaire parallèle, exigent désormais le départ de Tidjane Thiam de la tête de leur formation politique.
Surnommés les “trois mousquetaires”, les frondeurs affirment porter une vision politique en décalage avec la ligne actuelle imposée par la direction du parti. Leur contestation remonte à la création du Front commun entre le PDCI-RDA et le PPA-CI de Laurent Gbagbo. Une alliance stratégique qui a conduit à la non-participation du PDCI-RDA à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Pour eux, cette décision a porté préjudice au parti. Ils reprochent au camp Thiam une mauvaise lecture de la stratégie du PPA-CI, convaincus que Laurent Gbagbo savait qu’il ne serait pas candidat à la présidentielle du 25 octobre 2025.
Les frondeurs croient dur comme fer qu’en appelant le PDCI-RDA à le rejoindre dans cette lutte politique, l’ancien de chef de l’Etat aurait entraîné le vieux parti dans une stratégie qui l’a finalement marginalisé. « Si le PDCI-RDA avait participé à cette présidentielle, le parti se porterait mieux aujourd’hui », confie un militant.
Les frondeurs auraient souhaité une candidature de substitution, convaincue que celle de Tidjane Thiam était juridiquement impossible. Cette option, bien que discutée en interne, n’a jamais abouti. Et c’est précisément cette divergence stratégique qui aurait entraîné l’éviction de Sylvestre Emmou, alors secrétaire exécutif du PDCI-RDA, par Tidjane Thiam.
Jacques Ehouo, Sylvestre Emmou et Jean-Marc Yacé mène une fronde contre le PDCI et son président Tidjane Thiam (Ph DR)
Face à cette situation, les frondeurs auraient tapé du poing sur la table et exigé la participation de leur formation politique aux élections législatives. En réaction à cette évolution, les pro-Thiam auraient tout mis en œuvre pour contrôler le choix des candidats à l’investiture.
Nos sources rapportent qu’à Cocody, la candidature de Jean-Marc Yacé n’a été validée par le parti qu’après de longues et pénibles négociations. Mieux, la direction lui a imposé un colistier, Hervé Bombet, qu’il n’avait pas choisi. Certes, Bombet est aujourd’hui premier adjoint au maire, mais les relations entre les deux hommes sont notoirement conflictuelles. « C’est au moment où Bombet a été imposé que Yacé s’est jeté dans la mare », confie une source interne.
Doho Simon, ancien président du groupe parlementaire du PDCI-RDA et proche des frondeurs, est une victime collatérale de cette recomposition interne. Non réélu, son sort semblait scellé depuis longtemps. Il est accusé d’avoir laissé un trou de 178 millions de FCFA dans les caisses du groupe parlementaire, un dossier qui continue de diviser.
Tidjane Thiam dans le viseur
Au fond, le nœud du problème reste le leadership de Tidjane Thiam. Les trois mousquetaires et leurs sympathisants reprochent au président du parti, toujours en exil à Paris, une gouvernance centralisée et distante, affaiblissant le PDCI-RDA. En privé, de nombreuses figures historiques du parti doyen comme Maurice Kakou Guikahué, Jean-Louis Billon ou Djédjé Mady partageraient des critiques similaires.
Les deux camps se parlent sans s’entendre. Les contestataires refusent désormais de se soumettre à des injonctions venues de l’étranger et disent se battre pour la survie du PDCI-RDA “originel”, fidèle à son identité et à son autonomie stratégique.
La fronde des trois députés-maires n’est que la partie visible d’un iceberg : le PDCI-RDA traverse une zone de fortes turbulences, tiraillé entre fidélité à son héritage, luttes d’influence et choix stratégiques contestés de son président.
Un tsunami s’annonce au PDCI. Tidjane Thiam pourra-t-il le surmonter ?
Thiery Latt
