PDCI : le secrétaire exécutif déclare l’inutilité du président
Dans cette réflexion, Dr Kalilou Coulibaly décrypte la longue absence du président du PDCI du pays qui met à mal la bonne marche de cette formation politique.
La UNE du nouveau réveil du 06 février 2026 affirmant que « la présence ou l’absence du président n’arrête pas la vie du parti » procède davantage d’un discours destiné à calmer les inquiétudes internes. Le parti cherche à se donner bonne conscience face à une évidence dérangeante : le leadership est en crise. En sciences politiques, ce type d’énoncé apparaît lorsque l’organisation tente de neutraliser symboliquement un déficit d’incarnation. Autrement dit, on met l’autonomie en avant pour cacher une faiblesse au sommet.
L’illusion du pilotage sans pilote
En théorie, un parti politique ne se réduit pas à la figure d’un individu.
En pratique toutefois, notamment dans des systèmes politiques fortement personnalisés comme celui de la Côte d’Ivoire, la présence du leader demeure un facteur central de coordination, de mobilisation, de cohésion et d’arbitrage.
L’expérience comparée l’atteste : le retrait brutal de figures charismatiques au sein de plusieurs partis africains a fréquemment débouché sur des dynamiques de fragmentation interne.
Dès lors, l’absence du président ne peut être tenue pour un mode de fonctionnement politiquement cohérent et durable.
L’inutilité proclamée du président
Appliquée au PDCI-RDA, cette formule établit une analogie troublante avec l’idée d’une présidence rendue inutile. Affirmer que la présence ou l’absence du président serait indifférente revient à dépouiller la fonction de toute portée stratégique. Le président se trouve ainsi relégué au rang de figure symbolique, honorable mais inutile . Or, un leadership disqualifié par le discours finit toujours par l’être dans la pratique. Un parti qui proclame pouvoir se passer de son centre reconnaît implicitement, qu’il ne le juge plus indispensable.
Le PDCI paie le prix de cette incohérence dans les urnes
Pourtant, les résultats parlementaires contredisent frontalement cette posture. La séquence électorale récente indique que la présidence controversée, tout comme l’absence stratégique du président du PDCI, ont contribué à diviser le parti et ont coïncidé avec une perte d’environ la moitié des sièges à l’Assemblée nationale.
Ce recul ne relève ni du hasard ni d’un simple accident électoral. Il s’explique par une désorganisation fonctionnelle et du mode opératoire de désignation des candidats aux élections législatives, fonction qui relève du président d’un parti politique. Un affaiblissement du message politique et une incapacité persistante à fédérer les électorats locaux.
La vie organique du parti s’est certes poursuivie à travers les réunions tenues et communiqués diffusés, mais sa vie électorale s’est nettement contractée et ses choix contestés.
En définitive, la UNE du Nouveau Réveil ne relève pas d’une norme de gestion, mais s’apparente à une mise en attente d’une chute annoncée si l’état des choses devait perdurer.
La vie du parti ne s’est certes pas arrêtée, mais elle s’est désorientée.
Or, en politique, l’absence de direction n’est jamais neutre. Elle constitue bien souvent la voie la plus directe vers le déclin.
Dr. Kalilou Coulibaly
