PDCI-RDA : Valérie Yapo appelle à la démission de Tidjane Thiam
Membre du Bureau politique du PDCI-RDA et ex-déléguée départementale du parti à Akoupé, Valérie Yapo a animé, hier lundi, une conférence de presse au cours de laquelle elle a dressé un diagnostic sévère de la situation interne du plus vieux parti politique ivoirien. Se réclamant de la fidélité à l’héritage de Félix Houphouët-Boigny et d’Henri Konan Bédié, elle a dénoncé une « crise profonde, structurelle et politique » au sein du PDCI-RDA.
Selon elle, depuis le décès du président Henri Konan Bédié et l’accession de Tidjane Thiam à la tête du parti en décembre 2023, le PDCI-RDA traverse « l’une des périodes les plus sombres de son histoire ». « Ce constat n’est ni émotionnel ni personnel. Il est politique, factuel et mesurable », a-t-elle insisté.
Valérie Yapo fustige une gouvernance qu’elle juge autoritaire et contraire aux textes du parti. « Jamais le PDCI-RDA n’a été aussi divisé. Jamais le dialogue interne n’a été aussi absent. Au lieu de rassembler, la direction actuelle fracture. Au lieu de consulter, elle impose », a-t-elle dénoncé, évoquant l’organisation de réunions et de congrès « en dehors des cadres statutaires ».
L’ancienne responsable départementale pointe également les contre-performances électorales récentes du parti, notamment l’absence du PDCI-RDA à la présidentielle d’octobre dernier et les résultats jugés « catastrophiques » des législatives du 27 décembre 2025. « D’une centaine de députés il y a deux législatures, le PDCI se retrouve aujourd’hui avec 32 députés. Ce que nous vivons n’est pas une simple contre-performance, c’est un signal d’alarme », a-t-elle martelé.
La conférencière a par ailleurs alerté sur les tensions internes au groupe parlementaire PDCI-RDA, faisant planer, selon elle, « la menace sérieuse d’un groupe parlementaire dissident », conséquence de « pratiques mafieuses et égocentriques ».
Sur le plan politique, Valérie Yapo a également relevé l’isolement croissant du PDCI-RDA au sein de l’opposition, après le retrait du COJEP et du MGC de la CAP-CI. « Ce n’est ni un complot, ni un hasard. C’est la conséquence de choix stratégiques qui doivent être réévalués », a-t-elle estimé.
L’un des points les plus sensibles de sa déclaration concerne l’absence prolongée du président du parti hors du territoire national. « Le PDCI-RDA ne peut être dirigé à distance, par procuration ou via les réseaux sociaux, surtout dans une phase aussi critique de son existence », a-t-elle affirmé, dénonçant une « restructuration opaque » menée en dehors des instances habilitées.
Face à cette situation, Valérie Yapo estime que « le silence serait une complicité ». Elle a ainsi formulé trois principales exigences, dont la plus radicale est la démission du président du parti. « Je demande la démission formelle de Monsieur Tidjane Thiam et son remplacement par le doyen d’âge du parti, conformément à nos textes et usages », a-t-elle déclaré, appelant également à un audit indépendant de la gestion du PDCI-RDA et à la convocation d’un Bureau politique « dans les règles de l’art ». Se défendant de toute attaque personnelle, elle affirme mener « un combat pour la survie, la réforme et la renaissance du PDCI-RDA ». « Le PDCI-RDA est plus grand qu’un homme. Il n’appartient à personne, mais à ses militants, à son histoire et à l’avenir de la Côte d’Ivoire », a-t-elle conclu, appelant à un sursaut collectif à l’approche du 80ᵉ anniversaire du parti.
Rahoul Sainfort
