Contribution-Côte d’Ivoire : la stabilité comme stratégie, la paix comme puissance
Soumise aux rafales d’une année électorale agitée, la Côte d’Ivoire a tenu bon, solidement arrimée à ses fondations démocratiques. C’est ce que relève Norbert Kobenan dans cette contribution qui analyse le message à la Nation du Président Alassane Ouattara le 31 décembre dernier. Pour lui, le chef de l’Etat érige la paix en socle et la stabilité en horizon. Plus qu’un discours, c’est une promesse : celle d’une Nation qui refuse la violence comme chemin, qui transforme ses épreuves en discipline collective et qui prépare l’avenir sur un contrat social renouvelé. À l’aube de 2026, l’image qui s’impose est celle d’un édifice ivoirien, debout face aux tempêtes, prêt à bâtir une ambition durable.
Dans un monde traversé par des crispations politiques, des fractures sociales et des incertitudes économiques, la Côte d’Ivoire a fait un choix lisible et assumé : ériger la stabilité en stratégie et la paix en véritable puissance politique. Le Message à la Nation du 31 décembre 2025 du Président Alassane Ouattara s’inscrit dans cette logique. Plus qu’un rituel de fin d’année, ce discours constitue une déclaration de méthode gouvernementale adressée autant aux citoyens ivoiriens qu’aux partenaires internationaux.
L’année 2025 fut une année d’épreuves. Année électorale, année de tensions maîtrisées, année de mise à l’épreuve des institutions. Le Chef de l’État n’élude ni les incidents ni les pertes humaines survenues lors du processus électoral. Mais le message central est clair : l’ordre constitutionnel a tenu. Dans un environnement régional où les cycles électoraux sont souvent synonymes de ruptures brutales, la Côte d’Ivoire a démontré que la démocratie peut résister aux secousses sans se disloquer.
L’image qui s’impose est celle d’un édifice soumis à de fortes rafales, mais solidement arrimé à ses fondations.
Cette insistance sur la retenue et la responsabilité n’est pas anodine. En rappelant que la démocratie et la prospérité ne se construisent pas dans la violence, le Président élève la paix au rang de condition structurelle du développement. La compétition politique est ainsi recadrée : elle n’est ni un combat existentiel ni une revanche, mais un exercice de discipline collective. Le pouvoir, dans ce discours, n’est pas une conquête, mais une charge confiée.
La confiance renouvelée du peuple ivoirien est dès lors présentée comme un contrat moral. Gouverner revient à éclairer un chemin commun, non à imposer une direction solitaire. Ce ton, mesuré et institutionnel, participe à la crédibilité internationale du pays. Il rassure les partenaires économiques et financiers en projetant une image de continuité, de prévisibilité et de responsabilité, qualités devenues rares dans un contexte mondial volatil.
Au cœur du discours se trouve la notion de nouveau contrat social, articulé autour de quatre piliers : la paix, la sécurité, la cohésion nationale et le développement inclusif. L’ambition d’une « Grande Côte d’Ivoire, ambitieuse et solidaire » n’est pas formulée comme une proclamation lyrique, mais comme une démarche séquencée. D’abord consolider, ensuite accélérer. Le message est limpide : aucune ambition économique durable ne peut prospérer sur un socle social fragilisé.
Les infrastructures – routes, chemins de fer, énergie, eau – demeurent des priorités. Mais leur signification est élargie. Elles ne sont plus seulement des indicateurs de croissance, elles deviennent des vecteurs d’intégration nationale, reliant les territoires, les marchés et les opportunités.
L’industrialisation, la transformation agro-industrielle et le développement des services s’inscrivent dans une stratégie de création de valeur et d’emplois, orientée vers la compétitivité plutôt que la seule performance statistique.
Un infléchissement notable apparaît dans l’accent mis sur la qualité des services publics. Après une décennie d’investissements lourds en infrastructures, le Président désigne un nouveau front réformateur : la relation entre l’État et le citoyen.
La rigueur économique accompagne cette ambition sociale. Discipline budgétaire, amélioration de la gestion des finances publiques, lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme sont présentées comme des instruments de souveraineté. La bonne gouvernance n’est pas perçue comme une injonction extérieure, mais comme une condition de crédibilité nationale et internationale.
Les investissements sociaux, en particulier en direction de la jeunesse et des femmes, demeurent centraux. Le discours les décrit comme la sève du corps national.
Formation, emploi, santé et protection sociale ne sont pas traités comme des charges, mais comme des investissements dans la continuité du modèle ivoirien. Un pays qui marginalise sa jeunesse, suggère le message présidentiel, compromet irrémédiablement son avenir.
Sur le plan sécuritaire, le discours adopte un ton réaliste et équilibré. Face aux menaces régionales et aux défis migratoires, la vigilance est réaffirmée, de même que le soutien aux Forces de Défense et de Sécurité. Mais cette fermeté n’exclut ni l’humanité ni le respect des engagements internationaux en matière de protection des réfugiés. La sécurité apparaît ainsi comme le système racinaire de la Nation : discrète quand elle est solide, vitale lorsqu’elle vacille.
Le geste le plus symbolique du discours demeure sans doute la grâce présidentielle accordée à plusieurs milliers de détenus condamnés pour des infractions mineures.
Au-delà de sa portée juridique, cette décision délivre un message politique fort : la paix durable se construit aussi par la réinsertion et la seconde chance. La justice, lorsqu’elle est tempérée par l’humanité, devient un instrument de réparation sociale.
Enfin, le Message se projette au-delà du présent immédiat. La transmission générationnelle, l’éducation aux valeurs civiques, la formation d’une élite attachée à l’intérêt général sont érigées en devoirs historiques. Même le sport, à travers l’évocation des Éléphants engagés à la CAN, est mobilisé comme métaphore nationale : discipline, solidarité, dépassement de soi.
En définitive, ce Message à la Nation s’apparente à un manuel de continuité politique plutôt qu’à un discours de rupture. Il affirme que la force de la Côte d’Ivoire réside dans la constance de ses choix : préserver la paix, renforcer les institutions, approfondir l’inclusion et préparer la relève.
Dans un monde instable, le message ivoirien est clair : la stabilité n’est pas l’immobilisme, mais le socle de l’ambition.
À l’aube de 2026, la Côte d’Ivoire ne se présente pas comme un pays sortant de crise, mais comme une Nation qui affine son modèle, consciente que la puissance la plus durable n’est pas celle qui s’impose, mais celle qui s’inscrit dans le temps.
Par Norbert KOBENAN
