Interview-Wouadja Essay (président du Conseil régional) : "L’Indénié-Djuablin a définitivement basculé au RHDP"
Le RHDP a réalisé une performance historique dans la région de l’Indénié-Djuablin en raflant les six sièges de députés aux dernières législatives. Dans cet entretien, le président du conseil régional, Wouadja Essay, analyse les ressorts de cette victoire qui consacre le basculement d’une région longtemps acquise au PDCI vers le parti au pouvoir.
Le Patriote : Monsieur le Président, comment analysez-vous la victoire du RHDP qui a raflé les six sièges de député dans la région ?
Wouadja Essay : C’est un succès inédit, un succès historique. En 2021, la région ne comptait qu’un seul député RHDP, celui de Bettié. Je précise, au passage, que je suis moi-même secrétaire départemental de Bettié, président du conseil régional, et directeur de campagne de ce député. À l’époque, un seul élu sur six, ce n’était pas du tout réconfortant. Aujourd’hui, grâce au travail accompli depuis 2021, nous avons six députés sur six. C’est un bond en avant remarquable, d’autant plus que l’Indénié-Djuablin est une région historiquement acquise au PDCI depuis plusieurs décennies. Certes, le RHDP y avait déjà fait quelques percées, mais jusqu’à récemment, cette région demeurait un bastion difficile. Aujourd’hui, nous avons tous les élus, avec six députés RHDP.
LP : Vous attendiez-vous à un tel résultat ?
WE : Cette victoire n’est pas tombée du ciel. Depuis 2021, un travail méthodique a été engagé. En 2022, il y a eu le renouvellement des secrétaires départementaux à Abengourou, Bettié et Niablé, qui sont les structures d’encadrement de proximité des militants. Je suis moi-même secrétaire départemental depuis 15 ans, je connais donc l’importance de ce rôle. Ces responsables se sont véritablement mis au travail. Il y a eu un travail de proximité, mais aussi l’impact très fort de la vision et des réalisations du Président de la République. Prenez Bettié par exemple. Avant 2017, l’accès à cette localité était extrêmement difficile. Il fallait traverser la Comoé à l’aide d’un bac. En 2017, le chef de l’État a réalisé le pont, puis le bitumage de l’axe Adzopé–Yakassé, prolongé jusqu’à Bettié, avec près de 4 kilomètres de voirie urbaine bitumée. Il y a quelques années, Akoupé- Abengourou ou Agnibilékrou, les déplacements relevaient autrefois du parcours du combattant. Aujourd’hui, ces difficultés ont été résolues. Le pont d’ Ané Kouadiokro datant d’avant l’indépendance, a été entièrement reconstruit. Le bitumage jusqu’à Agnibilékrou a été achevé il y a à peine un mois. Avec tous ces acquis, les populations, très attentives, ont accordé leur confiance aux candidats du RHDP. À cela s’ajoute l’engagement personnel des candidats et le soutien de l’ensemble des militants, y compris ceux qui n’étaient pas candidats. Une élection ne se gagne jamais seul. C’est un travail collectif, progressif et régulier.
LP : Peut-on parler, selon vous, d’un basculement définitif de la région dans le giron du RHDP ?
W.E : Oui, sans hésitation. Aujourd’hui, lorsque qu'on fait le point : le président du conseil régional est RHDP ; trois maires sur quatre sont RHDP : Abengourou, Béthier et Aniassué ; un seul maire appartient encore au PDCI.
Au niveau des sénateurs, nous en avons deux sur deux. Au niveau des députés, six sur six. On peut donc dire que le RHDP ne s’est pas seulement imposé, il est en train de s’enraciner profondément dans l’Indénié-Djuablin, une région longtemps considérée comme difficile pour notre parti.
LP : La cohésion entre les cadres a-t-elle aussi fait la différence ?
W.E: Bien sûr. Les questions de cohésion existent dans tous les partis politiques, surtout en période électorale. Le choix des candidats crée parfois des frustrations, car nous avons beaucoup de cadres compétents et ambitieux.
J’ai assisté à une réunion à la direction du parti où il y avait 182 candidats indépendants. Ce sont des cadres qui veulent servir. Mais l’essentiel est de dépasser ces frustrations pour aller à la victoire.
À Abengourou, il y a effectivement eu des indépendants, mais la majorité des militants a compris qu’il fallait soutenir les candidats officiellement investis par le RHDP, et c’est ce qui explique ce résultat.
LP : Quelle a été la stratégie gagnante mise en place pour reconquérir une région longtemps acquise au PDCI ?
W.E: Il n’y a pas de miracle. Après 40 ans de terrain, je peux le dire : la stratégie principale, c’est la proximité avec les populations. Être constamment présent, à travers le travail. Les élus locaux jouent un rôle clé. Le conseil régional construit des collèges — cette année, nous en avons ouvert quatre. Nous sommes, au plan national, le deuxième conseil régional après le Poro en la matière.
Il y a aussi les centres de santé, les écoles primaires, les extensions électriques. Tout cela est observé et apprécié par les populations. Mais au-delà des infrastructures, les populations ont besoin de notre présence humaine : être là lors des deuils, des moments difficiles, surtout les week-ends. C’est cet engagement permanent qui renforce notre ancrage. Depuis 2023, c’est ce que j’ai compris et appliqué, conformément aux orientations du Président de la République, qui demande à tous les cadres d’être proches des populations.
LP : Mais est-ce que vous diriez que la cohésion est au beau fixe et qu’il n’y a plus de difficultés ?
W.E: Il y a des difficultés. Parce que même au sein d’une organisation, quelle qu’elle soit, il existe des localités où l’on rencontre des problèmes, notamment des difficultés d’entente entre le secrétaire départemental et le secrétaire de section. Je pense qu’après cette victoire, nous devons nous asseoir pour régler ces problèmes de famille, afin de mettre la machine en marche. Et comme je l’ai déjà indiqué, ces difficultés ne concernent pas seulement Abengourou ; elles existent dans toutes les organisations politiques. L’essentiel, c’est de les répertorier, de les identifier et d’y apporter des solutions. Il y a eu des problèmes auxquels nous n’avons pas pu apporter de réponses immédiates, mais au dernier moment, les militants ont compris que le plus important, c’était la victoire. Il fallait donc transcender ces difficultés, ces problèmes passagers, pour aller à l’essentiel. C’est ce que nous avons fait. N’empêche qu’une fois les résultats connus, avec le coordonnateur régional, qui est bien conscient de ces quelques poches de difficultés, nous allons nous retrouver pour apporter des solutions et relancer la machine du RHDP.
L.P: Vous avez évoqué de nombreux acquis au niveau du parti. Comment consolider tout cela sur le terrain ?
W.E: Cela va se consolider parce qu’aujourd’hui, les populations adhèrent à la vision du Président de la République à travers les actions déjà posées. Mais il faut aussi souligner que pour les projets à venir, les populations fondent beaucoup d’espoir sur le Président Alassane Ouattara. Je prends l’exemple de l’axe Abengourou–Aboisso. Cette route, longue d’environ 200 kilomètres, n’a jamais été bitumée. Les travaux avaient commencé à l’époque du Président Henri Konan Bédié, en 1998, je crois, puis se sont arrêtés après le coup d’État. Ces travaux vont être repris dans les semaines à venir. Sur cet axe, il y a plusieurs gros villages et sous-préfectures, notamment Zaranou, Ebilassoukro, Diamarakro, Apprompron, etc. Tous ces villages seront bientôt désenclavés.
C’est tout cela qui a concouru au succès de nos candidats, parce que ces projets ont été présentés comme des projets d’avenir pour les populations, qui ont ainsi fait confiance au Président de la République. En plus, dans la région, les principaux axes routiers ont été reprofilés, ce qui a permis à nos candidats de se positionner favorablement face à leurs adversaires.
LP: Quel message adressez-vous aujourd’hui aux militants et cadres du RHDP à la lumière de cette victoire ?
W.E: C’est d’abord un message de satisfaction, car pour moi, les résultats sont extraordinaires. Je voudrais féliciter les élus pour leur élection et remercier tous les militants du RHDP qui ont contribué à ce succès. Je remercie également les populations et les sympathisants, car il n’y a pas que les militants du RHDP. En tant que président de région, je sais de quoi je parle. Il y a des populations qui ne sont pas du RHDP, mais qui sont séduites par les actions de développement mises en œuvre par le Président de la République.
Je félicite donc tous ceux qui ont concouru à cette victoire. Maintenant, il faut que nous nous organisions à l’intérieur du parti pour maintenir cette position, afin que plus jamais le RHDP ne recule dans la région de l’Indénié.
Nous avons des projets structurants, notamment celui de l’université de Abengourou. C’est un projet qui concerne l’ensemble des populations. Toutes les conditions sont réunies, et je suis confiant que dans les années à venir, Abengourou aura son université.
Recueillis par Rahoul Sainfort
